Le verset d'Ézéchiel 23:20 est l'un des passages les plus crus et choquants du texte biblique.
« Elle s'est enflammée de passion pour leurs concubins, dont la chair est comme celle des ânes et la décharge comme celle des étalons. »
— (Traduction d'après la Bible Colombe / Louis Segond)

Point de vue théologique
1. Le contexte du chapitre 23 : Une allégorie politique
Le chapitre 23 d'Ézéchiel est une allégorie prophétique qui met en scène deux sœurs prostituées :
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Ohola : personnifie le royaume du Nord (Israël / Samarie).
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Oholiba : personnifie le royaume du Sud (Juda / Jérusalem).
Dans l'Ancien Testament, la relation entre Dieu et son peuple est très souvent comparée à un mariage. Dès lors, lorsque le peuple se tourne vers d'autres dieux ou cherche la protection d'empires païens, le texte prophétique qualifie ces actes d'adultère ou de prostitution.
2. Que représente la métaphore du verset 20 ?
L'alliance politique avec l'Égypte
Au verset 20, les « amants » ou « concubins » désignent spécifiquement l'Égypte. Au VIᵉ siècle av. J.-C., face à la menace de l'Empire babylonien, le royaume de Juda a cherché à plusieurs reprises des alliances militaires avec les pharaons égyptiens plutôt que de placer sa confiance en Dieu.
Pourquoi un langage aussi cru ?
Hypothèses: L'utilisation de métaphores animalières et explicites (l'âne et l'étalon) répondrait à une intention pédagogique et prophétique précise :
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Provoquer un choc moral : Le langage viserait à susciter le dégoût chez les auditeurs. Ézéchiel veut montrer que l'attitude de Jérusalem n'est pas une simple négociation diplomatique, mais une dépendance obsessionnelle et dégradante.
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Symbolique des animaux : Dans le monde proche-oriental ancien, l'âne et le cheval (l'étalon) symbolisaient la force brute et la puissance militaire (l'Égypte était notamment réputée pour sa cavalerie et ses chars)3. Interprétations théologiques
3. Interprétation théologique
Pour comprendre ce verset, il faudrait replacer ce verset dans le contexte prophétique, littéraire et historique de l'époque.. À travers cette démonstration visuelle et percutante, Ézéchiel transmet plusieurs enseignements majeurs :
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La trahison de l'Alliance : En comptant sur la p uissance militaire égyptienne, Juda rejette la souveraineté et la protection divine.
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L'illusion des alliances humaines : L'Égypte s'avérera être un allié peu fiable qui n'empêchera pas la destruction de Jérusalem et la déportation du peuple à Babylone (en 587 av. J.-C.).
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La dénonciation de du syncrétisme : L'alliance politique entraînait presque toujours l'adoption des pratiques religieuses et idolâtres des empires alliés.
Un verset très critiqué
Le verset d'Ézéchiel 23:20 est l'un des passages les plus fréquemment cités par les détracteurs et les critiques de la Bible (qu'il s'agisse d'athées militants, de sceptiques ou de polémistes d'autres religions).
Leur utilisation de ce texte s'articule principalement autour de deux axes d'attaque :
1. L'argument de l'obscénité et de la pornographie (« Porno-Bible »)
C'est la critique la plus directe. Les détracteurs affirment que la Bible contient du contenu obscène.
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La formulation de la critique : « Comment un livre soi-disant "saint", inspiré par Dieu, peut-il contenir des descriptions aussi explicites et crues d'organes génitaux et d'éjaculation ? »
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L'objectif : Créer un effet de choc, déstabiliser les croyants et ridiculiser l'idée que le texte biblique est un guide moral ou un livre sacré adapté à tous les publics (en particulier aux enfants).
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Usage médiatique : Ce verset est très souvent compilé dans des listes de "versets choquants que votre pasteur/prêtre ne vous lira jamais".
2. L'argument du sexisme et de la misogynie
Une autre critique, souvent portée par des mouvements féministes critiques des religions ou des sociologues de la culture, s'attaque à la nature même de la métaphore.
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La formulation de la critique : Ézéchiel 23 utilise le corps de la femme comme un objet d'abjection, d'infamie et de honte. La prostitution et la sexualité féminine y sont présentées comme le symbole ultime du mal, de la souillure et de la trahison.
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L'objectif : Démontrer que la Bible est le produit d'une société patriarcale et misogyne qui utilise le corps des femmes pour susciter le dégoût moral et justifier la punition violente (puisque dans la suite du chapitre, les deux femmes subissent la mutilation et la stérelité).
3. Comment les théologiens et apologistes répondent-ils ?
Face à ces attaques, les spécialistes et défenseurs du texte biblique opposent généralement trois arguments :
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La confusion entre le style et le message : Le verset ne cherche pas à exciter ou à divertir (pornographie), mais à susciter l'horreur. La crudité du langage sert d'électrochoc pour que le lecteur ressente le même dégoût envers l'idolâtrie et la corruption politique que Dieu est censé ressentir.
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L'erreur de l'anachronisme littéraire : Lire Ézéchiel avec la sensibilité d'un roman moderne ou les codes du XXIᵉ siècle fait manquer le genre littéraire du texte. C'est une allégorie prophétique orientale du VIᵉ siècle av. J.-C., un genre où l'hyperbole et les images fortes étaient la norme pour marquer les esprits.
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Le réalisme du texte biblique : Contrairement à d'autres textes religieux ou mythologiques qui idéalisent la nature humaine, la Bible décrit la laideur du cœur humain et des alliances politiques avec une franchise brutale.
Position des chercheurs non religieux
(Analyse universitaire)
Entre l'apologétique chrétienne et la critique polémique, la position des chercheurs non religieux, historiens et spécialistes de la Bible (exégètes universitaires, historico-critiques et spécialistes de l'Ancien Orient) constitue une troisième voie neutre et scientifique.
Le consensus académique non religieux ne cherche ni à défendre la « sainteté » du texte, ni à l'attaquer moralement, mais à l'expliquer scientifiquement à travers trois grands axes :
1. Un produit littéraire typique du Proche-Orient ancien
Pour les historiens, Ézéchiel 23:20 n'est ni une obscénité gratuite, ni une parole divine littérale, mais un texte écrit par un prêtre judéen en exil à Babylone au VIᵉ siècle av.
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La rhétorique du choc : Dans la littérature prophétique de cette époque, l'usage d'images sexuelles violentes ou grotesque (comparer les diplomates égyptiens à des étalons ou des ânes) est un procédé classique pour capter l'attention d'une population traumatisée par la défaite militaire.
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La moquerie politique :
Pour les chercheurs non religieux, les métaphores sexuelles visent d'abord à ridiculiser les élites politiques et militaires de Jérusalem. En décrivant Juda comme une femme obsédée par la force militaire égyptienne, le prophète moque la faiblesse et la dépendance stratégique de son propre royaume face aux superpuissances (Égypte, Babylone, Assyrie).
2. Le reflet d'une culture patriarcale et d'un traumatisme
L'analyse sociale et féministe séculière (intégrée aujourd'hui aux études universitaires de la Bible) apporte un regard critique mais contextualisé :
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Société patriarcale : Les universitaires reconnaissent que la métaphore s'appuie sur la structure patriarcale du Proche-Orient ancien. Dans cette culture, l'honneur de la communauté reposait sur le contrôle du corps des femmes. Utiliser la figure de la « femme adultère » ou « prostituée » pour parler de la trahison politique est un reflet direct des préjugés de l'époque.
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Littérature du traumatisme : Le livre d'Ézéchiel est analysé par les historiens comme une réponse au traumatisme brutal du siège de Jérusalem et de la déportation à Babylone (en 587 av. J.-C.).
La violence verbale du texte exprime le choc psychologique d'un peuple qui cherche à comprendre pourquoi son monde s'est effondré.
3. Synthèse de la position académique vs autres approches
| Perspective | Regard sur Ézéchiel 23:20 | Objectif principal |
| Détracteurs (Polemiques) | Un texte obscène, vulgaire, immoral et misogyne qui prouve la faillite morale de la Bible. | Discréditer le texte sacré et le dogme religieux. |
| Apologistes (Foi) | Une métaphore divine forte et sacrée destinée à provoquer le dégoût du péché et de l'idolâtrie. | Justifier la pédagogie divine et défendre la cohérence de la Bible. |
| Consensus Historique (Non religieux) | Une allégorie politique et militaire du VIᵉ siècle av. J.-C., marquée par les codes littéraires et le patriarcat du Proche-Orient ancien. | Comprendre le texte dans son contexte historique, sociologique et littéraire d'origine. |
En somme, pour les non-religieux du monde académique, ce verset n'est ni un sujet d'indignation morale, ni une parole sacrée : c'est un document historique brut, qui témoigne de la manière dont les hommes de l'Antiquité exprimaient la crise géopolitique et religieuse de leur temps.
Un impact déstabilisant, voire dévastateur
Il y a une différence fondamentale entre une analyse académique (à froid) et l'impact psychologique et pastoral (à chaud) d'un tel texte dans la vie réelle.
Si l'on sort de l'amphithéâtre universitaire et qu'on place ce verset entre les mains d'adolescents sans accompagnement, l'impact peut être déstabilisant, voire dévastateur, pour plusieurs raisons très concrètes :
1. Le choc visuel et la perte de repères
Pour des jeunes découvrant ce texte ou cherchant des repères moraux, tomber sur ce passage crée un court-circuit psychologique.
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La rupture de l'image sacrée : Si on leur a enseigné que la Bible est un livre de pureté, de prière et d'amour, la crudité anatomique et pornographique du verset 20 provoque un rejet immédiat ou un cynisme moral (« Si la Bible dit ça, alors tout est permis »).
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Le voyeurisme ou la moquerie : Entre adolescents, ce genre de verset peut facilement devenir l'objet d'un rire gras, d'une humiliation ou d'une fascination mal placée.
2. Le risque d'intériorisation de la violence symbolique
Sans la grille de lecture de l'allégorie politique du VIᵉ siècle av. J.-C., un adolescent lit le texte au premier degré :
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Sur la vision des femmes : Le chapitre 23 utilise le corps féminin comme symbole de souillure et de honte, et se termine par le châtiment violent des deux sœurs. Des adolescents non avertis peuvent y voir une validation du mépris des femmes, du slut-shaming (la culpabilisation des femmes sur leur sexualité) ou de la violence patriarcale.
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Sur l'image prétendue divine : Le dieu de la bible y apparaît sous les traits d'un époux trahi, violent et vindicatif. Pour la construction psychologique d'un jeune croyant, cela peut véhiculer l'image d'un dieu terrifiant et toxique plutôt que bienveillant.
3. Pourquoi l'analyse universitaire semble « déconnectée » ?
L'analyse des historiens ou des théologiens séculiers peut sembler « élitiste » ou distante parce qu'elle fonctionne en laboratoire.
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L'universitaire étudie le texte comme une pièce archéologique : il dissèque la grammaire, la géopolitique babylonienne et les métaphores du Proche-Orient ancien. Il n'a pas à gérer l'impact émotionnel du texte sur un lecteur d'aujourd'hui.
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Mais dans la réalité du terrain (dans une famille, une classe ou un groupe de jeunes), le texte est vivant et direct. Lu sans note de bas de page, sans contexte historique et de manière isolée, il agit comme un produit chimique réactif.
En résumé
Pris isolément (« seulement ce verset »), Ézéchiel 23:20 a un pouvoir de nuisance certain sur un jeune public : il peut générer du dégoût, détruire la confiance dans le texte sacralisé, ou renforcer des stéréotypes sexistes.
Pour les non-croyants, ce verset peut suffire à confirmer leur rejet des textes prétendus sacrés
C'est d'ailleurs pour cette raison que, dans la tradition juive ancienne (comme le mentionne le Talmud), l'étude de certains passages complexes ou très crus du livre d'Ézéchiel était déconseillée ou interdite aux jeunes avant qu'ils n'atteignent l'âge adulte (souvent 30 ans).
Comment les apologètes gèrent ces textes difficiles avec les jeunes ?
tFace à des passages aussi crus qu'Ézéchiel 23:20, les responsables pédagogiques, les pasteurs, les prêtres et les rabbins adoptent des stratégies bien précises pour éviter que la lecture ne devienne dévastatrice chez les jeunes.
Voici les principales approches éducatives et institutionnelles utilisées aujourd'hui :
1. La censure pédagogique (La pédagogie du filtre)
C'est l'approche la plus courante et la plus ancienne.
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Dans le judaïsme traditionnel : Le Talmud (Mishna Hagiga 2:1) restreignait autrefois l'étude publique ou précoce de certains passages d'Ézéchiel. On estimait qu'il fallait une grande maturité émotionnelle et intellectuelle (souvent fixée à 30 ans pour la mystique de la Merkavah) pour aborder ces textes sans risquer d'égarer le fidèle.
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Dans les catéchismes et manuels de cours : Ces versets ne figurent jamais dans les programmes de catéchèse pour enfants ou adolescents, ni dans les lectionnaires (les livres de lectures lues lors des messes ou cultes du dimanche). Ils sont tout simplement écartés pour privilégier des textes fondateurs plus accessibles.
2. La contextualisation préalable (Ne jamais laisser le texte "nu")
Quand le texte doit être abordé (par exemple dans un groupe de jeunes adultes ou un cours de religion au lycée), les éducateurs appliquent la règle d'or : ne jamais donner le verset seul.
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Désamorcer le choc par le cadrage : Avant même d'ouvrir la Bible, l'éducateur explique le genre littéraire. On prévient les jeunes : « Vous allez lire une caricature politique très violente, écrite par un prophète traumatisé par la guerre, qui utilise des métaphores choquantes de son époque pour réveiller son peuple. »
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Remplacer l'image sexuelle par l'enjeu politique : L'accent est immédiatement mis sur la traduction concrète : l'Égypte, la cavalerie militaire, la dépendance géopolitique. En recentrant le débat sur le fond (la confiance politique vs la foi), on neutralise la fascination ou le malaise lié aux détails anatomiques.
3. L'explication des règles de traduction
Pour les adolescents anglophones ou francophones, la traduction joue un rôle majeur dans le choc ressenti :
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Les éducateurs s'appuient souvent sur des traductions plus sobres ou équivalentes sur le plan du sens pour la lecture collective (qui traduisent par exemple « la vigueurs de leurs amants » plutôt que d'utiliser des termes trop explicites), tout en expliquant en note le sens littéral de l'hébreu. Cela permet d'aborder le fond sans déclencher l'effet « voyeuriste » ou provocateur.
4. L'affrontement direct et la discussion éthique
Certains éducateurs plus modernes préfèrent ne pas cacher la difficulté du texte et l'utilisent comme un outil de réflexion critique avec les grands adolescents :
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Questionner le texte : « Pourquoi pensez-vous que le prophète utilise une image aussi choquante ? Est-ce que la provocation est parfois nécessaire pour faire réagir ? »
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Différencier la culture de l'époque du message spirituel : C'est l'occasion d'enseigner la différence entre la parole de Dieu et le bagage culturel de l'auteur humain (les préjugés patriarcaux du VIᵉ siècle av. J.-C.), ce qui aide les jeunes à développer une lecture adulte et non dogmatique du texte.
En résumé
La gestion de ces passages repose sur une idée simple : la Bible n'est pas un livre pour enfants s'il est lu de manière brute. Sans guide, sans contexte historique et sans maturité, un verset comme Ézéchiel 23:20 est une mine désamorcée qui peut exploser à la figure du lecteur.
L'institution religieuse ou éducative essaye de fournir un "casque et des gants" (la fameuse " grille de lecture'). Certains en ressortent convaincus, d'autres pas du tout.