Le Xe livre des Lois contient la plus ancienne ébauche connue d’une théodicée. Au point de vue littéraire, sa présence est justifiée par le plan général de l’œuvre. Élaborant son droit pénal, Platon en vient, au début du Xe livre, à traiter des châtiments applicables aux différentes espèces de délits en matière de religion. Mais la législation ne peut s’étendre à ce domaine que si d’abord l’existence des dieux est admise. Voilà pourquoi Platon va s’écarter quelque peu de son sujet et, fidèle au principe qui l’a guidé jusqu’à présent et d’après lequel une loi s’impose d’abord par conviction va s’efforcer d’obtenir sur ce point l’assentiment de ses lecteurs. En plus de ce premier motif, il en a un second, plus profond, qui, sur le plan philosophique, justifie l’insertion d’une théodicée dans l’ensemble des Lois. C’est qu’ il se trouve confronté à la question du fondement même de toute législation: s’il veut soustraire son œuvre au relativisme prôné par Protagoras et ses adhérents, Platon doit l’ancrer dans l’absolu.
par Wauthier de Mahieu
Publié dans la Revue belge de Philologie et d’Histoire,
Année 1963 / 41-1 /pp5-24 : Lecture en accès libre sur Persee
Année 1964 /42 /pp 16-47
