Masih Alinejad (USA) et Yasmine Mohammed (Canada)
de culture arabo-musulmane,
hashtag : « #LetUsTalk » « Laissez-nous parler ») sur les réseaux sociaux.
Elles dénoncent la censure qui pèse sur la critique du port du voile en Occident.
Yasmine Mohammed, militante des droits de l’homme, défend les droits des femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ainsi que ceux des personnes qui luttent contre le fondamentalisme religieux en général. Elle est la fondatrice de Free Hearts Free Minds, une organisation qui apporte un soutien en matière de santé mentale aux membres de la communauté LGBT et aux libres penseurs vivant dans des pays à majorité musulmane, où ces deux « crimes » peuvent être punis d’exécution. Son livre, Unveiled, est un mémoire/polémique qui évoque son enfance dans un foyer islamique fondamentaliste et son mariage arrangé avec un membre d’Al-Qaeda. Elle y fait la lumière sur le traumatisme religieux dont tant de femmes sont encore incapables de parler aujourd’hui.
Pour le le médecin Sherif Emil , « le hijab, le niqab et la burqa sont des instruments d’oppression pour des millions de filles et de femmes dans le monde qui n’ont pas la possibilité de faire un choix ».
« Au Canada, on m’a imposé le hijab à 9 ans et le niqab à 19 ans. J’ai été reniée et menacée de mort parce que j’avais choisi ce que je voulais porter sur mon corps. En Occident, on me dit qu’en racontant mon histoire, je vais provoquer de l’islamophobie. Je suis une femme du Moyen-Orient et j’ai peur de l’idéologie islamique. Yasmine Mohammed » #FreeFromHijabhttps://t.co/c2e6eGYnZRpic.twitter.com/cjG6QX2Z0h
Dans son livre Unveiled : How Western Liberals Empower Radical Islam , Yasmine Mohammed explique que la société canadienne et les médias, principalement la gauche libérale nord-américaine, ne « comprennent pas que le voile n’ est pas un vêtement culturel ». Mohamed Yasmine Verser, « les défenseurs du multiculturalisme croient judicieux de défendre le voile parce qu’ils ne voient pas que ce n’est pas l’affirmation d’un style ou d’une culture mais une idéologie religieuse ; une idéologie misogyne pour laquelle, dans certains pays, les femmes sont tuées ».
« Nous vivions de façon « séparatiste », nous n’étions pas du tout intégrés »
« Le nouvel époux de ma mère avait déjà une femme, nous étions la deuxième famille. Nous vivions dans la bulle de la charia, pas comme des Canadiens. En France, vous diriez que nous vivions de façon « séparatiste », c’est-à-dire que nous n’étions pas du tout intégrés », témoigne-t-elle auprès de Marianne. Après avoir subi des violences, elle parvient à prévenir la police grâce à l’un de ses professeurs. Le juge canadien devant lequel l’affaire est arrivée a estimé qu’il n’avait pas à interférer avec le mode de vie d’une famille arabe.
LE VOILE COMME « CLEF » D’ENDOCTRINEMENT
« Plus tard, j’ai subi un mariage forcé avec un homme dont j’ai appris qu’il appartenait à Al-Qaida. J’étais vêtue de noir de la tête aux pieds. » Yasmine accouche d’une petite fille. « C’est pour elle que je suis partie. J’ai décidé de suivre des études de religion à l’Université. C’est là que j’ai pu déconstruire l’endoctrinement islamiste », explique-t-elle aujourd’hui.
« Pour toutes ces raisons, je considère que c’est très important aujourd’hui de pouvoir parler du voilement des femmes. C’est en décidant de ce que les femmes mettent sur leur tête que le patriarcat islamiste décide de ce qu’elles peuvent ou non avoir dans la tête. » Pour la militante, le retrait du voile est la « clef », le premier pas vers la sortie de l’endoctrinement. « En tout cas, c’est ce qui ressort de mes conversations avec les femmes, très nombreuses, avec qui j’échange tous les jours. » L’accusation « d’islamophobie » adressée au Dr Sherif Emil et les excuses du Journal de l’Association médicale canadienne ? « C’est tout simplement restaurer le délit de blasphème. Contrairement aux pays musulmans, cette censure ne vient pas du haut, de l’État, mais de la base, de la société », déplore-t-elle.
LA TRAHISON DU FÉMINISME
Yasmine Mohammed tient à rappeler à Marianne l’objet initial du voilement : « Séparer les femmes libres des prostituées. C’est tout l’objectif, séparer les femmes pures, les bonnes musulmanes, des femmes impures. Il y a un mot dans le lexique féministe pour ça : ça s’appelle du « slut shaming » (fait d’insulter ou de harceler une femme en raison de sa liberté sexuelle). » Difficile, dès lors, d’accepter qu’en Occident, une partie de la galaxie féministe ait fait, au nom de l’intersectionnalité, de la défense de la liberté de se voiler l’une de ses grandes causes – une « trahison complète de la sororité et du féminisme » pour Yasmine Mohammed.
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#LAISSE-NOUS PARLER
Une réaction à laquelle Masih Alinejad, militante qui s’est engagée contre l’obligation du hijab dans les pays arabes, a été souvent confrontée aux États-Unis. « Quand je suis arrivée aux États-Unis, on m’a dit que si je partageais mon histoire, je risquais de nourrir l’islamophobie », regrette-t-elle auprès de Marianne. D’origine iranienne, elle vit aujourd’hui outre-Atlantique où elle a été naturalisée. Masih Alinejad témoigne de la difficulté qu’elle rencontre à mobiliser les personnalités politiques américaines, et particulièrement les femmes, sur ce sujet. « Les élues ne veulent pas prendre position. Un exemple frappant : en Occident, vous avez le « World Hijab day », qui consiste à promouvoir la liberté des femmes de porter le hijab. Mais une l’initiative inverse pourrait-elle être envisagée ? » Masih Alinejab a contacté les militants à l’origine de cette journée, leur proposant de se joindre à sa campagne contre le voilement forcé : « ils m’ont tout simplement bloquée », complète-t-elle.
Please listen to what I say in this video and never say that Middle East has so many “bigger problems” and hijab is a small issue.
For removing such a small piece of cloth women are paying a heavy price in Iran.
Join our new campaign called: #LetUsTalk pic.twitter.com/FTKQLCeqBn
— Masih Alinejad 🏳️ (@AlinejadMasih) January 7, 2022
Des avertissements qu’on lui a également adressés lorsqu’elle a été invitée au Parlement européen, pour défendre la liberté des femmes à porter le burkini. « J’ai dit qu’il était incohérent de défendre cette liberté sans défendre également la liberté des femmes à ne pas porter le voile. En Europe également, on m’a répondu que c’était un sujet sensible. » C’est cette « normalisation » du hijab dans les sociétés occidentales qui inquiètent particulièrement la militante. Et le manque de soutien des mouvements féministes occidentaux, qu’elle espère encore voir se « joindre à nous. Elles doivent nous laisser parler et écouter ce qu’on a à dire. » Et parvenir à débattre de la question sans s’arrêter à la seule notion de liberté individuelle.
« Vous n’êtes pas vraiment libre : vous pouvez porter le hijab et être une bonne fille, ou ne pas le porter et risquer l’enfer , balaie Yasmine Mohammed. Mais la liberté individuelle, c’est de pouvoir le porter ou non. » Selon elle, les notions de liberté individuelle et d’islamophobie servent une stratégie précise : celle des courants fondamentalistes islamiques. « Les djihadistes tuent des gens. Les islamistes, eux, inventent l’islamophobie. L’objectif est le même : interdire la critique de leur idéologie. »